hy_000a

Silver-spoon-1-recto-kurokawa

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si vous êtes fan de Hiromu Arakawa, la première chose que vous faites après l’achat d’un volume de cette auteure, c’est enlever la jaquette pour voir le dessin sur la couverture (sauf pour Hero Tales, dont elle n’est pas la scénariste). On y trouve non seulement le dessin mais aussi un petit bonus sous forme de manga d’une ou quelque cases.

Ne perdez donc pas cette habitude pour Noble Paysan, qui doit paraître prochainement, car dans la version originale, il y a un dessin derrière la couverture, comme dans la plupart des œuvres de Arakawa.

Noble Paysan est un manga qui a été prépublié d’abord dans le magazine trimestriel Un Poco de 2006, jusqu’à la disparition de ce magazine en 2009, puis dans Wings, deux publications de l’éditeur Shinshokan. C’est un manga dans lequel l’auteure raconte la/sa vie de paysan-fermier à Hokkaido. Bien que le magazine où l’œuvre paraît soit destiné à un public féminin, le style de Arakawa ne change pas. C’est le même registre que les manga de quatre cases paru en bonus à la fin des tomes de Fullmetal Alchemist.

hy_018

 © 2009 Hiromu Arakawa / Shinshokan

Elle se présente toujours sous forme de vache, et elle raconte un épisode de sa vie à la ferme où elle a failli rencontrer un ours en pleine nuit. A propos de cette œuvre, Neginator (de Manga Sanctuary) a écrit : « un recueil humoristique et autobiographique de Hiromu Arakawa ». Humoristique, tout à fait. Mais autobiographique, oui et non. Elle évoque les épisodes de sa vie pour en faire un gag, mais elle ne semble pas avoir l’intention d’inciter le lecteur à s’intéresser à sa propre vie. Elle prend une certaine distance par rapport à elle-même, un peu comme Journal d’une disparition de Hideo Azuma, pour faire de son vécu un manga. Son vécu ressemble à celui d’un paysan d’Hokkaido en général. Elle ne révèle pas son sentiment personnel à la manière des Confessions de Rousseau. Donc, si vous voulez connaitre les secrets de son inspiration et de ses amours, il faudra attendre une autre occasion.

Dans une autre image de Noble Paysan, tous les membres de la famille Arakawa sont représentés en vache, avec le minimun de traits de distinction.

hy_046

© 2009 Hiromu Arakawa / Shinshokan

Son but est d’insister sur son origine paysanne et d’intégrer sa vie personnelle dans le cadre général de la vie de ferme à Hokkaido. Le côté humoristique de son dessin adoucit un peu le côté sérieux de la vie de ferme, pour divertir le lecteur. Finalement, Noble Paysan est un manga très divertissant, sans être trop autobiographique. C’est une œuvre à part entière, plus qu’un essai personnel, et cela peut donc être une lecture agréable, même pour quelqu’un qui ne s’intéresse pas forcement à l’auteure. 

Silver Spoon est aussi sur le thème du monde agricole à Hokkaido, mais, à la différence de Noble Paysan, il y a un véritable récit et un personnage principal. Comme dans Fullmetal Alchemist, le récit trouve un équilibre entre le sérieux et le comique. Arakawa sait admirablement jouer sur les deux tableaux pour donner la profondeur au récit. Alterner les séquences sérieuses et comiques est sa technique habituelle, mais parfois le sérieux et le comique coïncident dans une même vignette :

SilverSpoon01_131

© 2011 Hiromu Arakawa / Shogakukan

Dans cette vignette, l’homme dit que l’être humain ne comprendra jamais les vrais sentiments d’un cheval, et se moque un peu du personnage principal, qui croit naivement que son interlocuteur comprend parfaitement ce que ressent le cheval. Mais en même temps, l’homme et le cheval ont la même expression de visage. Cette vignette veut dire que, d’un côté l’être humain et l’animal ne communiquent jamais parfaitement, mais que d’un autre côté, il y a bien quelque chose qui passe entre deux, sans aller jusqu’à l’idée naïve que s’en fait le personnage principal. Ce regard réaliste par rapport au monde et aux choses est propre à Arakawa.

En ce sens, les petit bonus à la fin des volumesde Fullmetal Alchemist ou de Silver Spoon participent à la construction de l’univers de Arakawa. Ils représentent le côté comique de la chose. Charlie Chaplin a dit : « la vie est tragique en close up, mais comique en long shot ». Ces petits manga de quatre vignettes ne sont pas un simple supplément et font vraiment partie de l’oeuvre , alors ne les négligez pas !