Le Blog de Manganist

11 novembre 2014

La quintessence du manga japonais: Monster

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 Si vous souhaitez devenir mangaka, je vous conseille de copier une planche de ce manga par jour. Quand vous aurez fini à copier tous les pages, vous aurez déjà acquis tous les techniques nécessaires pour la création d'un manga, au niveau du découpage, de la mise en page...

C'est un aboutissement du manga japonais depuis Tezuka.

Incontournable.

 

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02 novembre 2014

Un manga shôjo dans lequel il n'y a pas de vainqueur: Bienvenue au club

 

Source: Externe

 Est-ce que c'est un vice d'avoir du plaisir en regardant les gens "malheureux"?

 Bienvenue au club est un manga shôjo, récemment sorti chez Akata. La particularité de ce manga est que les personnages principaux sont tous "malheureux" de façon différente. Je laisse la parole à cette page pour ceux qui veulent connaître le synopsis, et ce que je veux dire ici, c'est la nature du plaisir que donne ce manga au lecteur(ou plutôt à la lectrice).

 Dans un manga shôjo "normal", l'héroïne est toujours vanqueur, car c'est elle qui va acquérir à la fin l'amour du garçon qu'elle aime. et les rivales sont déstinées aux échéc par la structure du récit. L'amour est un combat et il n'y a que vanqueur et perdant. Le monde de manga shôjo est donc dominé par un manichéisme inéxorable.

 Mais l'univers de ce manga n'est pas manichéen, parce que les personnages principaux sont tous perdants. Et c'est pour cela qu'ils sont tous mignons et la lecture est agréable. Ici je ne parle pas de la méchanceté de se moquer des gens malheureuses (J'espère que vous avez bien compris). C'est une sorte d'utopie où l'inégalité n'existe pas.

 C'est quand-même un shôjo un peu exceptionnel et ce type de manga ne deviendra pas le mainstream de manga shôjo, certes, mais cela fait partie de la richesse du genre.

にまかわいいよにま。

 

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28 août 2013

Le manga et la couleur locale : le dialecte

 

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Normalement, quand j’analyse un manga, je m’intéresse plutôt aux côtés visuels : dessin, vignette, découpage, mise en page, espace inter-iconique, etc. Comme le but de mon blog est de mettre à la disposition de tous des outils permettant d’analyser le manga (et d’autres formes d’art visuel séquentiel comme la BD franco-belge ou le comic américain) sans se préoccuper des différences de langue ou de culture, mon analyse se concentre essentiellement sur les éléments visuels qui composent le manga.

Mais, comme je suis japonais et que je ne connais pas très bien la BD franco-belge et le comic américain, il y a toujours des choses qui m’échappent quand je lis une BD, par exemple. Si je suis bien conscient des limites de ma perception, je peux néanmoins voir des choses qui échappent àun lecteur francophone.

Avant d’aborder le sujet de cet article, ce ne serait pas inutile de se poser une question fondamentale : quels sont les composants les plus basiques de la bande dessinée ?

Je réponds : image et texte. On ne peut pas concevoir une bande dessinée sans image. Et peut-être peut-on se passer de texte, mais cela reste un cas particulier et concevoir une bande dessinée de cette façon n’est qu’un procédé pour échapper de la norme. Dans notre conscience, la présence de texte dans la bande dessinée est une évidence, et une BD sans texte sera forcément quelque chose d’expérimental.

J’insiste ainsi sur l’importance de texte dans la bande dessinée. Et maintenant, pourquoi ne pas s’intéresser au texte dans cet art visuel séquentiel ?

J’en viens ici à la nature de langage, pour aborder la question du texte dans le manga, à travers quatre exemples, tous traduits en français : Gen d’Hiroshima, Le pays des cerisiers, Barakamon et Kids on the slope. Ces quatre manga ont un point en commun. Les répliques sont écrites en dialecte.

Gen d’Hiroshima de Keiji Nakazawa et Le pays des cerisiers de Fumiyo Kouno sont des manga sur le thème de bombe atomique à Hiroshima. Il y a une différence entre deux oeuvres, Nakazawa est rescapé de Hiroshima et Kouno est née après la guerre. Gen est un récit autobiographique de l’auteur qui a vécu l’enfer au moment du bombardement (et même après) et le récit du Pays des cerisiers commence dix ans après le drame. Mais ces deux auteurs sont nés à Hiroshima et ont choisi d’écrire les répliques dans le dialecte de cette région. Pour assumer « Hiroshima », ces manga devaient être écrits en hiroshima-ben (dialecte de Hiroshima). C’est la preuve de l’engagement de ces deux dessinateurs envers ce qui s’est passé à Hiroshima de 1945 jusqu’à nos jours.

Pour Barakamon et Kids on the slope, ce n’est pas forcément un engagement politique, mais dans ces deux manga, l’emploi de dialecte joue un rôle important. Dans les deux cas, le personnage principal est un tokyoïte qui vient s’installer à Kyushu (à l’ouest du Japon), plus exactement sur les îles de Gotô pour Barakamon et à Sasebo pour Kids on the slope, deux lieux situés dans la préfecture de Nagasaki. C’est la rencontre de la culture de Tokyo et de Kyushu, et dans cette rencontre l’emploi de dialecte par les gens de Nagasaki met en accent sur la différence entre Tokyo et la campagne.

Et il ne faut pas oublier l’effet exotique que cela produit pour un lecteur (japonais) qui n’est pas d’origine de cette région. Le dialecte accroît le charme du manga si le récit est bien construit et que sonutilisation n’est pas excessive. D’ailleurs Barakamon est un mot dialectal de Gotô, qui désigne « quelqu’un de plein d’énergie». Il faut mentionner aussi que ces deux dessinatrices, Satsuki Yoshino et Yuki Kodama,  sont nées chacune à l'endroit où se déroule le récit, et que l’auteur de Barakamon, Yoshino, habite toujours dans son île natale.

La version française de ces quatre manga n’a pas gardé ces nuances liées à l’utilisation de dialecte dans la version originale. Mais vous pourrez apprécier ces quatre manga sans cela. Ne m’accusez donc pas de chauvinisme. Je ne prétends pas que je comprends mieux le manga que les Français parce que je suis japonais. Je suis bien conscient aussi que ce genre de nuance est très difficile à reproduire dans la langue française, et le choix du traducteur d’éliminer cette nuance dans la version française est tout à fait compréhensible. Je voulais simplement vous montrer ce que la perception de ces différences linguistiques pouvaient apporter à l’analyse d’un manga. Je considère que le choix de la campagne pour le déroulement des récits et l’emploi de dialecte n’est pas anodin, et que cette couleur locale joue un rôle important pour la construction de ces quatre oeuvres.

 

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30 juin 2013

Silver Spoon et Noble Paysan : l’univers de Hiromu Arakawa

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Si vous êtes fan de Hiromu Arakawa, la première chose que vous faites après l’achat d’un volume de cette auteure, c’est enlever la jaquette pour voir le dessin sur la couverture (sauf pour Hero Tales, dont elle n’est pas la scénariste). On y trouve non seulement le dessin mais aussi un petit bonus sous forme de manga d’une ou quelque cases.

Ne perdez donc pas cette habitude pour Noble Paysan, qui doit paraître prochainement, car dans la version originale, il y a un dessin derrière la couverture, comme dans la plupart des œuvres de Arakawa.

Noble Paysan est un manga qui a été prépublié d’abord dans le magazine trimestriel Un Poco de 2006, jusqu’à la disparition de ce magazine en 2009, puis dans Wings, deux publications de l’éditeur Shinshokan. C’est un manga dans lequel l’auteure raconte la/sa vie de paysan-fermier à Hokkaido. Bien que le magazine où l’œuvre paraît soit destiné à un public féminin, le style de Arakawa ne change pas. C’est le même registre que les manga de quatre cases paru en bonus à la fin des tomes de Fullmetal Alchemist.

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 © 2009 Hiromu Arakawa / Shinshokan

Elle se présente toujours sous forme de vache, et elle raconte un épisode de sa vie à la ferme où elle a failli rencontrer un ours en pleine nuit. A propos de cette œuvre, Neginator (de Manga Sanctuary) a écrit : « un recueil humoristique et autobiographique de Hiromu Arakawa ». Humoristique, tout à fait. Mais autobiographique, oui et non. Elle évoque les épisodes de sa vie pour en faire un gag, mais elle ne semble pas avoir l’intention d’inciter le lecteur à s’intéresser à sa propre vie. Elle prend une certaine distance par rapport à elle-même, un peu comme Journal d’une disparition de Hideo Azuma, pour faire de son vécu un manga. Son vécu ressemble à celui d’un paysan d’Hokkaido en général. Elle ne révèle pas son sentiment personnel à la manière des Confessions de Rousseau. Donc, si vous voulez connaitre les secrets de son inspiration et de ses amours, il faudra attendre une autre occasion.

Dans une autre image de Noble Paysan, tous les membres de la famille Arakawa sont représentés en vache, avec le minimun de traits de distinction.

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© 2009 Hiromu Arakawa / Shinshokan

Son but est d’insister sur son origine paysanne et d’intégrer sa vie personnelle dans le cadre général de la vie de ferme à Hokkaido. Le côté humoristique de son dessin adoucit un peu le côté sérieux de la vie de ferme, pour divertir le lecteur. Finalement, Noble Paysan est un manga très divertissant, sans être trop autobiographique. C’est une œuvre à part entière, plus qu’un essai personnel, et cela peut donc être une lecture agréable, même pour quelqu’un qui ne s’intéresse pas forcement à l’auteure. 

Silver Spoon est aussi sur le thème du monde agricole à Hokkaido, mais, à la différence de Noble Paysan, il y a un véritable récit et un personnage principal. Comme dans Fullmetal Alchemist, le récit trouve un équilibre entre le sérieux et le comique. Arakawa sait admirablement jouer sur les deux tableaux pour donner la profondeur au récit. Alterner les séquences sérieuses et comiques est sa technique habituelle, mais parfois le sérieux et le comique coïncident dans une même vignette :

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© 2011 Hiromu Arakawa / Shogakukan

Dans cette vignette, l’homme dit que l’être humain ne comprendra jamais les vrais sentiments d’un cheval, et se moque un peu du personnage principal, qui croit naivement que son interlocuteur comprend parfaitement ce que ressent le cheval. Mais en même temps, l’homme et le cheval ont la même expression de visage. Cette vignette veut dire que, d’un côté l’être humain et l’animal ne communiquent jamais parfaitement, mais que d’un autre côté, il y a bien quelque chose qui passe entre deux, sans aller jusqu’à l’idée naïve que s’en fait le personnage principal. Ce regard réaliste par rapport au monde et aux choses est propre à Arakawa.

En ce sens, les petit bonus à la fin des volumesde Fullmetal Alchemist ou de Silver Spoon participent à la construction de l’univers de Arakawa. Ils représentent le côté comique de la chose. Charlie Chaplin a dit : « la vie est tragique en close up, mais comique en long shot ». Ces petits manga de quatre vignettes ne sont pas un simple supplément et font vraiment partie de l’oeuvre , alors ne les négligez pas !

 

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24 juin 2013

Le manga féminin et l’ethos du sport : Chihayahuru

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Au japon, le waka (une forme de poème en 31 syllabes, découpées en 5, 7, 5, 7, 7 ) fait partie du corpus de manuel de cours de japonais, et les japonais modernes sont plus ou moins initiés à cette forme de poésie, perpétuée depuis l’antiquité. Chihayafuru, de Yuki Suetsugu, met en scène pour la première fois dans l’histoire de manga le jeu de karuta, mais en lui-même le sujet traité n’est pas étranger pour un Japonais.

Même si la plupart des poèmes du hyakunin isshu (le recueil de cent poèmes avec lequel on joue au karuta) sont des poèmes d’amour, le jeu de karuta est un sport, et pour devenir un bon joueur il faut s’entraîner durement, tant au niveau physique que mental.

Chihayafuru est donc un manga de sport, dont les stratégies et méthodes d'entrainement sont expliquées avec réalisme. La lecture de ce manga peut vous donner envie de jouer à ce jeu ; si c’est le cas c’est une preuve de sa qualité.

L’oeuvre de Suetsugu est publiée dans le magazine BE LOVE de Kôdansha, destiné au public féminin (nous allons laisser pour l’instant de côté la différence entre les genres shôjo et josei ). Sans s'étendre surle genre shôjo, nous percevons les caractéristiques typiques de ce manga, comme l’utilisation massive de monologues et d’effets derrière le personnage. Suetsugu joue donc beaucoup sur les codes du genre shôjo, en ajoutant à cela une logique de manga de sport à la manière des shônen.

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© 2009 Yuki Suetsugu / KODANSHA

Ce monologue de Taichi explique la situation du match, et ce n’est pas l’épanchement d’un sentiment amoureux qui nous est familier dans un shôjo. Dans un shônen, ce genre d’explication d’une situation est faite sous la forme de parole explicite d’un personnage (souvent spectateur). La dessinatrice détourne la fonction du monologue dans un shôjo au profit de la logique de manga de combat de style shônen.

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© 2009 Yuki Suetsugu / KODANSHA

 Un autre exemple du mélange entre les genres shônen et shôjo dans ce manga, c’est le rapport entre le style de dessin, typiquement shôjo, et le sujet traité. Les pleurs de Chihaya après sa défaite catastrophique contre la championne, ne sont pas ceux d’une héroine de shôjo affligée par un chagrin d’amour. Ces pleurs ne sont pas inspirés par un éphémère sentiment de tristesse, mais par la volonté constante de devenir plus forte dans la compétition. Chihayafuru met en évidence l’idéologie de manga shôjo en introduisant les éléments typiquement shônen. Ce manga met plus l'accent sur l’évolution des personnages, en tant que joueurs, que sur le changement de leurs relations (amoureuses). Le thème du ménage à trois entre Chihaya, Taichi et Arata reste traité de manière allusive.

C’est paradoxal, mais plus ce manga serapproche d'un shônen, plus il se révèle comme un shôjo. Vous pourrez lire ce manga, soit comme un shônen, soit comme un shôjo. Cela dépend de votre degré d’attachement à un genre ou à l'autre. Mais, Chihayafuru est un manga destiné à tous les amateurs de manga, et Suetsugu va satisfaire votre appétit pour cet art visuel.

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22 avril 2013

Une nouvelle image de Cesare Borgia : Cesare, Il Creatore che ha distrutto

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Dans le domaine du manga, nous connaissons déjà plusieurs oeuvres portant sur des personnages ou des événements historiques, comme Vagabond, Lady Oscar ou Au temps de Bocchan. Chaque auteur interprète librement les faits et les personnages historiques et nous propose son propre point de vue. Fuyumi Soryô, la dessinatrice de Cesare, est connue pourses shôjo des années 80, et son  Cesare est un personnage masculin de style shôjo, tant au niveau du dessin qu’au niveau relationnel. Cesare, comme tous les autres personnages masculins de Soryô, est dénué de sexualité, et ses relations amicales avec d'autres personnages masculins, comme Angelo, peuvent être perçues comme un amour platonique homosexuel.

La relation entre Cesare et Angelo peut être comparée à celle de Ash et Eiji dans Banana Fish d’Akimi Yoshida, une amitié qui côtoie l’univers du yaoi. L’image de Cesare Borgia proposée par Soryô est donc le fruit du fantasme féminin de la dessinatrice, amoureuse de ce personnage historique. Elle nous propose une image inédite de Cesare, asexué dans le style shôjo, ce qui est contraire à l’image habituelle de ce personnage. Par exemple, une BD qui traite ce personnage historique, Borgia (scénario de Jodorowsky et dessin de Manara), insiste beaucoup sur le côté trivial et sexuel du personnage, avec des dessins très sensuels du dessinateur italien. (Personnellement je suis curieux de voir comment la dessinatrice représentera le rapport sexuel entre Cesare et Lucrèce par la suite...)

 

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© 2012 Manara & Jodorowsky / Glénat

Ainsi, Soryô représente le personnage de Cesare Borgia dans le style shôjo. Mais ce manga est prépublié dans le magazine Morning de Kôdansha, destiné au public masculin. Les lecteurs de ce magazine, masculins dans leur majorité, ne partagent pas forcément l’imaginaire boys love d’une dessinatrice. Ils auront sans doutedu mal à s’accrocher à un manga qui met en scène des relations entre des garçons qui côtoie le monde du yaoi.

Pour capter l’attention du lecteur masculin, Soryo recherche le réalisme dans la reconstitution du décor de l’époque. La reconstitution de la ville de Pise à l’époque de Cesare Borgia est particulièrement minutieuse, et s'appuiesur une recherche historique scientifiquement menée grâce aux documents historiques et aux conseils de l’historien japonais Motoaki Hara, spécialiste de l’Italie de la Renaissance.

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© 2006 Fuyumi Soryo / KODANSHA

Et la dessinatrice cherche également l'exactitude pour le décor intérieur de la maison.

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© 2006 Fuyumi Soryo / KODANSHA

Le décor et le paysage de Cesare sont ainsi soigneusement travaillés, mais il semble que Soryo ne porte pas d’amour aux objets en soi. L’exactitude qu'elle cherche dans leur rendu sert juste à capter l’attention du lecteur masculin. On ne retrouve pas du tout dans le rendu des objets la minutie de Kaoru Mori, dont je vous ai parlé dans l’article sur Bride Stories. Mori s’intéresse d’abord aux objets et elle fait son manga pour les dessiner. Pour elle, les personnages et l’intrigue viennent après. Dans le cas de Soryo, c’est le personnage de Cesare Borgia, tel que le conçoit son imaginaire féminin, qui est le plus important, les décors et le paysage ne servant que de support pour faire accepter son Cesare au public masculin.

Cesare est un manga qui propose une lecture féminine de l’histoire, du personnage historique. Mais cette oeuvre est ouverte à tous, grâce au travail minutieux de la dessinatrice sur les objets, le paysage et le décor. 

 

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03 avril 2013

La révolution de gourmet manga : Mes petits plats faciles by Hana

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Le gourmet manga (autour du monde culinaire) est un sous-genre de manga dont certaines oeuvres ont déjà débarqué en France. Si on essaye de décrire les caractéristiques de ce genre, on trouve quelques points communs qui lui sont propres. Il y a une insistance sur la connaissance du personnage (ou de l’auteur) pour les ingrédients, dans certains cas rares et précieux.

Cet étalage de connaissances sur les ingrédients ou sur les plats semble constituer un élément essentiel. Et ces connaissances sont montrées par la confrontation entre deux personnages ou deux camps adverses dans un registre de type shônen. Pour exprimer le goût ou les sensations que donnent les plats, il y a un langage spécifique, plein de métaphore. Les sensations peuvent être exprimées sous une forme visuelle, comme un paysage ou un tableau (je ne cite pas les noms des œuvres, mais vous pourrez deviner). Le personnage de ce genre de manga est très bavard à ce sujet.

Masayuki Kusumi, le scénariste de Mes petits plats faciles by Hana, semble nous proposer une autre manière de faire un gourmet manga. Il est déjà connu en France comme le scénariste du Gourmet Solitaire (avec des dessins de Jirô Taniguchi). Dans ces deux, il essaye de ramener ce genre de manga vers quelque chose de plus personnel, en procédant de manière différente à chaque fois. Il ne cherche pas à montrerun étalage de connaissances sur les ingrédients ou les plats qu’, mais à représenter « l’appétit » au niveau personnel.

Le Gourmet Solitaire est caractérisé par son emploi massif de monologues du personnage principal. Le héros a faim, et il essaye de définir ce qu’il cherche à manger dans sa tête. Il réfléchit beaucoup avant, pendant et après manger, et pour lui le repas est un lieu où il y a une confrontation entre sa mémoire de ce qu’il a mangé dans le passé et le goût du repas qu’il cherche dans chaque épisode. C’est un univers personnel et Kusumi revendique que l’appétit est quelque chose de personnelle.

Mes petits plats faciles by Hana représente aussi l’appétit au niveau personnel, mais à la différence du Gourmet Solitaire, le dessin d’Etsuko Mizusawa insiste sur le côté animal de l’appétit. Hana est toute seule dans sa maison et mange toute seule. Il n’y a pas de regard d’autrui pour socialiser le moment de son repas. Le lecteur occupe la place d'un voyeur qui regarde avec une caméra cachée l’espace personnel de Hana. Elle fait la cuisine sans trop réfléchir, et elle mange comme un animal, alors que le héros de Gourmet Solitaire mange avec un intérêt intellectuel. C’est le côté animal de l’appétit que Hana veut représenter, et le dessin de Mizusawa est un bon choix pour cet objectif. Le style de ce dessinateur ne met pas l’accent ni sur le personnage et ni sur le décor et cela donne l'impression que l’héroïne et les objets autour d’elle sont au même niveau, sans qu'il y ait de premier plan et d'arrière-plan.

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© 2010 Masayuki Qusumi © 2010 Etsuko Mizusawa, AKITA SHOTEN

 

En plus, la chambre est toujours mal rangée et c’est un monde chaotique. L’appétit de l’héroïne est toujours lié à ce monde chaotique, parce que l’appétit est quelque chose indéfinissable et instinctive. L’appétit est uninstinct, et donc aussi un instinct sexuel. L’expression du visage de l’héroïne au moment du manger est comme celle de l’extase. Le plaisir de manger est associé ici au plaisir sexuel. Aussi, tout se déroule dans une chambre close, où l’intimité et le sexuel se mêlent, se croisent et flirtent.

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© 2010 Masayuki Qusumi © 2010 Etsuko Mizusawa, AKITA SHOTEN

(Pour quelle raison le visage de Hana est toujours rouge ?)

Le côté sexuel du manger est donc souligné par le dessin de Mizusawa, et ce ne serait pas anodin de dire que le nom d’Etsuko Mizusawa est le pseudo d’un mangaka érotique, un fait bien connu au Japon. Hana semble être le premier gourmet manga qui associe d’une manière explicite l’appétit pour la nourriture à l'appétit sexuel.

Ainsi, avec Le Gourmet Solitaire et Les petits plats faciles by Hana, le scénariste Kusumi tente de révolutionner le genre de gourmet manga, et cette deuxième oeuvre deviendra une référence importante et incontournable.

 

 

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28 mars 2013

La parodie et le plaisir de lecture : Sergent Keroro

Lire un manga, ce n’est pas seulement suivre l’histoire. Derrière un manga il y a tous les mangas qui ont existé avant lui, et il s’inscrit dès sa naissance dans un réseau de textes, comme un texte littéraire. De là vient la notion de parodie, qui joue sur l’existence de textes antérieurs. Un manga ne peut exister tout seul.

Un des plaisirs du lecteur, c’est donc reconnaître des parodies dans un texte. Cela s’applique aussi au manga, et Sergent Keroro est particulièrement riche à l’égard de ce procédé littéraire et artistique. Voici quelques-unes des parodies de manga ou d’anime dans Keroro :

 

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 parodies de l’anime Evangelion

 

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Lamu – Urusei Yatsura

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Initial D

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Monster de Naoki Urasawa

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Dragon Ball

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Ken le survivant

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Norakuro (le fameux manga d’avant-guerre dont le personnage principal est un chien qui incorpore un régiment des chiens ; apparemment Keroro est inspiré de ce grand classique de Suihô Tagawa)

Ce sont des parodies qu’on peut reconnaître au niveau graphique et il y en a beaucoup d’autres que je ne cite pas ici, mais il y a aussi des parodies qui s’appuient sur le langage, qu’on trouve dans les répliques des personnages de Keroro. Ce n’est pas forcément nécessaire de connaître toutes ces références pour apprécier ce manga, mais en les reconnaissant votre lecture deviendra plus intéressant. En elle-même, l’histoire de ce manga est certes un peu enfantine, mais avec la présence de ces parodies, le texte est ouvert à toutes les générations d’amateurs de manga...

 

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16 février 2013

L’amour pour les engins militaires : Zero pour l’Eternité

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Quand j’avais dix ans, j’étais fasciné par le chasseur Zero et je l’ai dessiné tous les jours pendant des mois sans jamais me lasser. Mon cas est certes particulier, mais en lisant Zero pour l’Eternité, je sens que mon enthousiasme de jadis pour le Zero n’est pas encore tari et que le dessinateur de ce manga partage mon goût pour cet avion de chasse japonais emblématique. Zero pour l’Eternité est une adaptation d'un roman de Naoki Hyakuta. Pour en savoir plus sur l'histoire, je vous laisse consulter ici . Cette oeuvre repose sur trois principaux ingrédients : le mystère, le divertissement et le récit de guerre, avec la représentation de l’avion Zero.

Nous parlerons des deux premiers à une autre occasion. Aujourd'hui,nous allons nous intéresser particulièrement au troisième.

Le personnage de Kyuzô Miyabe, pilote de chasseur Zero, est au centre de ce manga, sans apparaître directement, car ce sont les témoignages de son entourage qui tentent de reconstruire son personnage. Grâce à ce procédé l'oeuvre échappe aux clichés sur la guerre, et met en scène le chasseur Zero en évitant toutdiscours politique sur la Second Guerre mondiale. Sô’ichi Sumoto, le dessinateur, avait besoin de ce dispositif pour dessiner cet avion japonais emblématique de manière admirative. Dissocié du contexte historique et politique, le Mitsubishi A6M Zero devient ici, au moins pour le dessinateur et moi (et peut-être pour tous les lecteurs ), un objet de désir.

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© 2010 Naoki Hyakuta and Soichi Sumoto / PUBLISHED BY FUTABASHA

Il faut dire que Sumoto a fait un autre manga qui met en scène cet avion, mais dans un registre assez différent. Ce manga est intitulé Ganpapa tô no zerosen shôjo (publié sous le nom de Sôichi Moto), et l’histoire tourne autour d’une petite fille, Asako, fille du gouverneur de l’île Ganpapa (une île imaginaire, bien sûr), qui est fan de Zero et capable de communiquer avec cet avion (!) en le pilotant. Ce manga a été publié dans le magazine Manga Action (le même que Zero pour l’Eternité) de 2007 à 2009.

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©2007 Soichi Moto / PUBLISHED BY FUTABASHA

L’idée d'une fille qui pilote un enginmilitaire se trouve aussi dans une anime en cours, Girls und Panzer. Dans cet anime, il y a des tournois de chars dont le conducteur est une jeune fille. Les chars sont tous des modèles apparus avant la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’attachement des producteurs pour les chars est indéniable, comme en témoigne lareprésentation très détaillée de ceux-ci.

Mais pour parler de ce genre de manga et anime, qui met en scène des engins militaires ayant réellement existé, il y a un auteur emblématique qui ne peut être oublié : il s'agit d'Hayao Miyazaki. Porco Rosso (1992) montre déjà son attachement pour les avions de l'entre deux guerres. Quant à 'l’idée d'une fille qui pilote unavion, elle est partiellement réalisée Nausicaa. Enfin, il a tout fait. Voilà.

Personnellement, j’attends impatiemment le nouveau film de Miyazaki, Kaze Tachinu. L’usine du père du réalisateur fabriquait des pièces de Zero pendant la guerre, et le petit Hayao a vu (et probablement touché) le vrai Zero à la base militaire de Tokorozawa à l’époque. Je suis curieux de voir comment le réalisateur nous montre cet avion emblématique, qui pourrait être une source d'inspiration pour son activité créative.

Dans Zero pour l’Eternité, il y a d’autres avions, comme le bombardier japonais G4M Betty et le chasseur F4F Wildcat, un avion de chasse américain, rival du Zero. Sumoto dessine ces avions avec la même passion et le même niveau de détail que que le Zero. Le réalisme du dessin de ces avions constitue le charme de ce manga au un récit captivant et émouvant.

 

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03 février 2013

Wolfsmund

 

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Comment représenter dans le manga le Moyen-Age ? : Wolfsmund

L’Europe médiévale est un sujet qui attire l’attention de certains mangaka. Pour les manga en cours qui traitent ce sujet, nous avons d’abord Vinland Saga de Makoto Yukimura, qui parle de l’histoire des viking. Cette série est captivante au niveau du récit et me donne une vive envie de connaître la suite, mais dans cet article je voudrais parler d’un autre manga qui a le Moyen-Age comme sujet, Wolfsmund de Mitsuhisa Kuji.

Concernant le détail de l'histoire, je vous laisse consulter cette page. Je souhaite quant à moi mettre l’accent sur la manière de représenter le monde médiéval dans cette oeuvre.

Lorsque j'ai découvert le premier épisode, j’étais très étonné, parce que les personnages que je considérais comme principaux, autour de qui l’histoire allait se dérouler, sont exécutés. Après, en avançant dans ma lecture, j’ai compris que cette série n’avait pas l’intention de parler d’un personnage en particulier.

Dans chaque épisode, il y a un ou des Suisses,appartenant au camp rebelle, qui tentent de franchir la frontière, et chaque tentative est empêchée par le gardien de la forteresse. L’épisode se termine souvent par l’exécution de ces rebelles. La scène d’exécution ou de torture est assez cruelle pour interdire la lecture aux enfants de moins de 15 ans, mais pour moi, l’essentiel du Moyen-Age représenté dans ce manga n'est pas la cruauté. Parce que la cruauté existe même dans le monde actuel, et je ne crois pas que ce soit un élément typiquement médiéval. Il suffit de mentionner que l’invention de guillotine date du XVIIIe siècle, et que c’est en 1793 que la tête décapitée de Louis XVI est exposée devant le public à Paris.

Certes, la cruauté est sans doute ce qui capte le plus facilement l’attention du lecteur , mais ce qui me paraît essentiel dans la représentation du monde médiéval, au moins dans cette oeuvre, c’est la négation de l’individualité moderne. Si la vie d’une personne est précieuse, c’est parce que cette personne est un individu unique, nullement remplaçable par un autre. Mais dans cette série, de nouveaux personnages apparaissent à chaque épisode et meurent, de manière héroïque ou non, dans le même épisode. L’individualité de chaque personnage se fond dans l’ensemble du mouvement rebelle suisse contre l’autorité autrichien. Le monde médiéval est représenté ici par le fait qu’un personnage meurt facilement.

 

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© 2010 Mitsuhisa Kuji / PUBLISHED BY ENTERBRAIN, INC.

(image: les personnages sont mis en scène pour être torturés et exécutés, pour ne pas leur attribuer une individualité)

Dans ce sens, c’est peut-être aussi faire fausse route que de voir dans le personnage du gardien de la forteresse une individualité quelconque. Il exécute les rebelles, mais il fait simplement et fidèlement son métier de gardien de la forteresse. Il appartient à un système social qui fonctionne avec une certaine cruauté, et si dans un épisode à venir il est tué par des gens de la résistance, cela m’étonnera pas. Un autre gardien lui succédera et l’histoire continuera.

Au début de la lecture je m’identifiais aux personnages rebelles, mais en cours de la lecture, je me suis rendu compte que ce qui me fait tourner la page, c'est le désir de voir comment les gens échouent dans leur tentative de franchir la frontière et comment ils sont exécutés. J’ai cessé de voir dans les personnages de ce manga l’individualité moderne. C’est un univers où l’espoir est inconcevable au niveau personnel et où le dynamisme n’existe qu’au niveau historique.

 

 

 

Posté par tecchin12 à 13:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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